Contexte du projet
Le COREPS (Comité régional des professions du spectacle) des Pays de la Loire s’inscrit dans un contexte marqué par des mutations profondes et une accumulation de crises qui affectent durablement les filières du spectacle vivant, du cinéma et de l’audiovisuel.
Depuis la pandémie, les acteurs culturels évoluent dans une gestion de l’urgence quasi permanente, qui freine la capacité collective à anticiper, à innover et à maîtriser les transformations structurelles de leurs métiers et de leurs organisations.
Les préoccupations identifiées par le COREPS en 2023 témoignent de la complexité et de l’interdépendance des enjeux auxquels le secteur est confronté.
Cinq grandes catégories de préoccupations structurent le paysage actuel :
- Les conséquences sociales (mutations du rapport au travail, fracture numérique, conditions de travail, équilibre vie professionnelle-personnelle, attractivité des métiers, etc.)
- Les évolutions sociétales (engagement des nouvelles générations, diversité, droits culturels, place de la création, inclusion, etc.)
- Les déterminants économiques (modèles économiques fragilisés, hybridation des ressources, pression sur les marges artistiques, accès à la diffusion, etc.)
- Les préoccupations environnementales (transition écologique, mobilité, empreinte carbone du numérique, adaptation des pratiques, etc.)
- Les politiques publiques et logiques institutionnelles (répartition des financements, articulation des compétences entre État et collectivités, menaces sur la liberté de création, simplification administrative, etc.)
Face à ces défis, le COREPS a engagé une démarche prospective et systémique, visant à ouvrir un espace de réflexion collective.
L’objectif est double : permettre aux acteurs de la filière de prendre du recul sur les mutations en cours et identifier des leviers d’action concrets, à court, moyen et long terme.
Cette démarche s’est voulue participative et collaborative, mobilisant l’intelligence collective des représentants des organisations professionnelles (employeurs et salariés), des collectivités territoriales, de l’État et de la Région, ainsi que des professionnels du spectacle vivant et enregistré.
La méthodologie adoptée privilégie l’exploration systémique des problématiques, la co-construction de scénarios d’avenir et la production d’outils d’aide à la décision adaptés aux réalités du terrain.
Ce travail s’inscrit dans la volonté de redonner de la capacité d’action et de projection à un secteur essentiel à la vitalité culturelle, sociale et économique des territoires, en lui permettant de mieux comprendre et maîtriser les processus de transformation à l'œuvre.
Au coeur du projet
Phase 1 : Collecte de données
La phase d’ouverture a eu pour objectif de collecter de la donnée, émanant d’un grand nombre d’acteurs pour comprendre les problématiques actuelles traversées par le secteur culturel.
Cette phase a permis d’initier notre démarche, notamment grâce à un questionnaire et deux ateliers.
- Un premier questionnaire, a permis d’identifier les attentes du groupe de travail prospective, et d’établir une liste restreinte de thématiques, points de départ de notre exploration.
- Un premier atelier réunissant 100 acteurs des professions du spectacle de la région (lieux labellisés, scènes conventionnées et équipes artistiques) a permis d’échanger et d’identifier des enjeux et des problématiques autour de trois thématiques issues du questionnaire.
- Un second atelier, dans la même dynamique que le premier atelier et avec un public plus restreint visait à explorer une 4ème thématique identifiée dans le questionnaire.
Cette phase a donc permis de récolter un grand nombre de données autour des thématiques et d’identifier des facteurs les influençant.
Phase 2 : Synthèse et cartographie systémique
Nourri des nombreuses données récoltées lors de la phase 1, Nous avons synthétisé l’information sous la forme d’une cartographie systémique dans laquelle les facteurs se connectent au sein de différentes régions parmi lesquelles “Financement et Ressources”, “Gouvernance et Collaboration”, “Environnement et durabilité”, “Public et accessibilité”, “IA et numérique”, “Production et diffusion des oeuvres”.
L’intérêt d’une représentation sous la forme d’une cartographie systémique est de se doter d’une capacité d’action située en visualisant les liens de cause à effet. Ainsi, agir sur une région ou sur une partie du système peut avoir des effets plus ou moins lointains sur d’autres éléments du système reliés directement ou indirectement.
Sur la base de ce travail d’identification des éléments et des liens de dépendance, nous avons proposé l’analyse de 13 boucles de rétroaction. Une boucle de rétroaction propose un sous-système composé d’un certain nombre d’éléments qui crée un équilibre autour d’une notion, par exemple : le capital immatériel de la culture ou la liberté de création.
Pour poursuivre notre démarche et orienter les travaux à suivre, nous avons par ailleurs fait le choix de sélectionner trois boucles parmi les 13 boucles pré-identifiées que nous avons nourries avec des entretiens complémentaires afin d’en explorer les notions et les enjeux spécifiques.
Phase 3 : Première appropriation du groupe de travail et mise en perspective prospective
La troisième phase est celle de la première rencontre entre les travaux préparatoires et le groupe de travail prospective du COREPS via un atelier. L’objectif de cette phase est l’appropriation de la cartographie systémique et plus spécifiquement des trois boucles sélectionnées ainsi qu’une première phase d’idéation pour projeter une action concrète du groupe de travail.
Pour permettre aux participants du COREPS de mieux appréhender chaque boucle, une double page (fruit d’une veille de Sensipode) a servi de base de travail à chaque sous-groupe résumant quelques chiffres, les tensions existantes au sein de la boucle, les problématiques soulevées ou encore ses enjeux prospectifs.
Au-delà de la découverte de la cartographie et de ses boucles, l’objectif de cette phase a aussi été la projection des enjeux dans une visée prospective. Pour ce faire, nous avons choisi de nous baser sur les travaux “Transitions 2050” de l’ADEME et sur les 4 scénarios prospectifs assurant une neutralité carbone en France à l’horizon 2050. Même si les enjeux du COREPS dépassent les enjeux environnementaux, le travail de l’ADEME reste un référentiel commun, qui transcende les secteurs économiques pour proposer une trajectoire commune. Au-delà d’être des scénarios de transition environnementaux, ils sont des voies potentielles d’évolution de nos sociétés. Ainsi, ils proposent une manière d’envisager les modes de vie, de collaboration, de consommation ou encore de déplacement qui permettent d’appréhender les forces identifiées dans la cartographie systémique.